Pourquoi la température du rosé de saignée compte plus qu’on ne le pense
Les rosés de saignée, ce n’est pas « juste un rosé plus soutenu ». Souvent, ils intriguent, parfois ils déconcertent. Leur robe tire vers le cerise franche, leur nez évoque la grenade ou l’hibiscus, leur bouche se fait plus dense que la plupart des rosés de pressurage direct. Si le rosé de saignée a tout pour séduire la table des amateurs de saveurs franches—forcément, sa structure lui offre une place de choix dans l’accord avec la charcuterie artisanale—sa température de service reste bien trop souvent mal ajustée. Or, une charcuterie fine et un rosé trop froid ou trop tiède, et c’est tout l’accord qui tombe à plat.
D’un point de vue technique, la macération des baies dans le moût, voire un début de fermentation avant que le jus ne soit « saigné », donne un rosé à la fois plus coloré, plus charpenté, avec une concentration aromatique inégalée dans sa famille. Alors, à table, inutile d’imaginer le servir à la volée, comme un rosé pâle d’apéro.
Avant d’attaquer la dégustation, un chiffre marquant : d’après l’Union des Œnologues de France, près de 65 % des consommateurs français servent le rosé trop froid, en moyenne à 6-8°C (Vitisphere). Pour un rosé de saignée, le risque c’est d’anesthésier la complexité, la rondeur et la fine amertume qui font le lien avec les beaux produits de porc affinés.